Doc Morris : retour gagnant ?

Le e-commerce peut-il remplacer le commerce traditionnel ?

Voici en substance la question à laquelle les associés de la société de capitaux Doc Morris semble bien avoir du mal à répondre.

Cette société néerlandaise de vente à distance de médicament a mis en place une e-pharmacie permettant aux clients de commander des médicaments via un site Internet lié à une officine traditionnelle. Opérant depuis les Pays-Bas, la société parvient à signer des accords avec des caisses d’assurance maladie situées en Allemagne, accords qui lui permettent de vendre aux patients allemands des médicaments par Internet. Si pour beaucoup cette procédure apporte entière satisfaction, il semblerait qu’il en aille différemment sur une partie du territoire allemand.

En effet, bien que le Bundestag ait autorisé la vente à distance pour tout médicament par une loi sur la modernisation du cadre législatif du système d’assurance maladie, ce sont tour à tour l’association des pharmaciens allemands (ABDA) et le tribunal administratif de Sarre qui ont tenté de freiner le développement de la société Doc Morris. Celle-ci était même parvenu à acheter une officine en Allemagne qu’il lui fallut fermer sur décision du tribunal administratif du 12 septembre 2006 au motif qu’une société de capitaux ne peut être propriétaire d’une pharmacie, ladite propriété étant réservée aux seuls pharmaciens.

Après bien des déboires, Doc Morris semble prendre un chemin inverse puisque à l’instar des grandes chaînes de boutique ou de restauration rapide, elle a entrepris de créer un vaste réseau de franchises en Allemagne. Les deux premières pharmacies concernées restent l’entière propriété des titulaires, outre l’adjonction d’une enseigne  » Doc Morris  » en vitrine et du versement de droits d’exploitation à la société. La société précise qu’elle envisage d’utiliser cette méthode pour avoir 500 pharmacies dans son réseau d’ici à 2009.

En attendant, le haut tribunal administratif de Sarre a, le 22 janvier 2007, cassé la décision de fermeture dans l’attente d’un jugement au fond de l’affaire. Ceci permet donc à la société Doc Morris d’exercer en toute légalité directement sur le territoire allemand.

Si les différentes pratiques élaborées par Doc Morris permettent d’obtenir satisfaction à court terme, il n’en reste pas moins que la question se pose donc de l’opportunité de l’ouverture d’un e-commerce qui après avoir prétendu être le support principal de l’activité ne devient plus que l’accessoire d’un commerce traditionnel.

Cette situation paradoxale ne traduit pourtant pas la réalité de la pratique du e-commerce. En effet, ce dernier offre bien des avantages notamment en matière de coûts de gestion puisqu’à partir d’un seul emplacement, le commerçant peut fournir à l’ensemble de la clientèle les commandes saisies sur le site Internet.

Le cas de Doc Morris paraît plus lié à une suspicion de concurrence trop importante pour les pharmaciens traditionnels qui cherchent à lutter contre une pratique trop  » dangereuse  » au regard des monopoles dont ils disposent. Pourtant il apparaît clairement qu’une telle attitude ne pourra perdurer que ce soit en Allemagne ou ailleurs en Europe, d’autant plus si les Etats légalisent la vente de médicaments sur Internet, soumis ou non à prescription médicale.

Article rédigé par Michael VILLEMONT


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